9 avril 2013

Chers bigots, chers fachos

J'ai mis bien trop longtemps à faire ce billet. Je l'avais rédigé après la première "Manif pour tous" du 13 janvier (les liens risquent de paraître un peu vieux, mais les textes sont toujours aussi géniaux) mais il était resté dans mes brouillons. Je le trouvais trop fouillis, trop maladroit, pas assez travaillé, trop explicatif. Entre-temps, j'ai lu et pris conscience de plus de choses, et j'ai décidé que je m'en fichais pas mal. Alors voilà, chers bigots, chers fachos, j'ai un truc à vous dire.

Je ne sais pas par où commencer tant vous m'êtes abjects et tant vos continuelles prises de positions pour le recul des libertés et de l'égalité me dégoûtent. Mais allons-y.

Cet hiver, à l'occasion de manifs contre le projet de loi sur le mariage pour tous, vous avez séché la messe/le brunch du dimanche à plusieurs reprises et êtes allés vous les geler à Paris. Mais bon, c'est pas grave. Il y avait tellement de chaleur humaine dans ces cortèges. Il eût été dommage de rater ces rendez-vous. Surtout quand des valeurs aussi porteuses de liberté que la famille et la religion sont bafouées.

Vous avez clamé partout qu'il ne fallait surtout pas vous assimiler à des homophobes. Bien sûr, si vous êtes allés manifester, ce n'est pas par peur/haine des homosexuel(le)s. Et même, à vous entendre, vous a-do-rez ces gens — c'est pour ça que vous les insultez à longueur de temps, c'est affectueux. Vous avez même un(e) ami(e)/un(e) collègue/un beau-fils de l'ami d'un collègue homosexuel(le). « Ce sont des gens toutàfaitnormaux, je vous assure. »

En effet, à vos yeux, une personne digne d'égards est une personne "normale". Il faudra qu'on m'explique un jour qui est anormal. Un catho hétéro blanc qui utilise les gosses comme martyrs de l'homosexualité pour valider ses arguments ? Ou qui les envoie en première ligne se faire gazer par les CRS ? Ah bon, ça marche, pas. Alors euh… un pauvre ? Un Noir ? Un artiste ? Un fou ? Un contestataire ? Une femme trop indépendante ? Ok, pigé. Ce sont des gens pascommenous, et les homosexuels en font partie, bien évidemment.
Il faut avoir une couleur de peau normale, une orientation sexuelle normale, un boulot et un revenu normaux, une vision des choses normale, des revendications normales (comme par exemple refuser de laisser des gens mener la vie qu'ils veulent parce qu'ils sont différents).
Et si t'as pas la chance de faire partie des normaux, ben on va faire en sorte que tu sois considéré(e) comme une sous-merde.
Parce que quand même. Faut "respecter votre sensibilité". Vous, vous pouvez leur cracher dessus à loisir, mais eux, il faut qu'ils vous respectent.

C'est vrai, quoi. L'homosexualité, c'est choquant. On n'a pas idée d'être en couple avec qui on veut, y compris quelqu'un du même sexe. C'est pas naturel. Je signale au cas où que votre bagnole, votre frigidaire ou votre ordinateur, ce n'est pas très naturel non plus.
Mais passons. Ce que vous voulez, c'est que l'Homme ne soit en couple que pour se reproduire. Que les femmes gardent leur éternel rôle de mères douces et attentives, qui doivent être protégées par un homme fort et agressif. Parce que c'est naturel. L'amour, vous n'en avez rien à foutre, si je comprends bien. Et le sexe juste par plaisir, n'en parlons pas, c'est tabou. Oserez-vous affirmez que vous n'avez fait l'amour que pour avoir des mômes ?

Je vous entends d'ici : "mais le sujet, ce ne sont pas les homosexuels, ce sont les enfants dans les couples homosexuels !"
Je ne pense pas que ce soient vraiment les enfants d'homosexuels qui vous tracassent. Je ne pense pas que vous en ayez grand chose à foutre, sinon vous ne les utiliseriez pas comme prétextes perpétuels dans vos discours, vous faisant leurs prétendus porte-paroles alors que vous ne leur avez jamais demandé leur avis (oui, parce que contrairement à ce que vous semblez croire, il existe déjà des tas d'enfants élevés par des parents homosexuels en France). Je pense plutôt que le problème est votre haine de tout ce qui ne colle pas à vos vies étriquées et à vos réflexes patriarcaux et autoritaires.

Mais soit. Admettons que le problème soit les enfants.

Je vous recommande d'abord cet article excellent, que dis-je, magique, de Beatriz Preciado, paru sur le site de Libération (une fois n'est pas coutume).

Vous avez un argument imparable : l'homosexualité, ça se transmet. (Donc cette modification du code civil va encourager l'homosexualité, qui va s'étendre à toute la planète, et l'humanité sera perdue, ce sera une vengeance divine parce que l'homosexualité c'est le Mal). Comme l'hétérosexualité, c'est ça ? Ah ben non, en fait.
Jamais vous ne remettrez en question l'hétérosexualité. Ça coule de source. Nous vivons dans un monde qui impose cette orientation sexuelle, et vous encouragez bien évidemment cet état de fait. Vous allez tout faire pour que vos enfants ne deviennent pas homos. Les blagues homophobes ne vous choqueront jamais. Vous utilisez vos mômes pour aller gueuler des slogans moisis dans l'espoir d'attendrir l'opinion. Mais curieusement, on ne parle que de l'embrigadement des enfants de couples homosexuels.
Vous affirmez qu'un enfant dans un couple homo serait forcément malheureux, parce qu'il n'aurait pas de "repères". Vous sous-entendez ainsi qu'un enfant d'un couple homosexuel sera forcément empêché par ses parents de connaître l'autre sexe. Qu'il ne sortira pas. Parce qu'avec des parents "anormaux", hein, on ne sait jamais... Vous voyez l'homosexualité comme une déviance par rapport à une norme "naturelle", l'hétérosexualité, et tout ce qui sort de cette norme est à bannir.

Avec la "nature" vient la tradition. La tradition, pour vous, ça va uniquement quand elle émane de blancs catholiques bien français. Quand elle vient d'ailleurs, je ne suis pas sûre que vous la défendiez avec autant de ferveur. Et depuis quand le fait qu'une pratique soit ancienne justifie-t-il qu'on ne la fasse pas évoluer ? Je vous informe qu'il n'y a pas si longtemps, en France (est-ce possible, un pays aussi civilisé…), des femmes qui manifestent et qui sortent toutes seules, ou ouvrent un compte en banque sans l'accord de leur mari, ce n'était pas vraiment raccord avec la tradition.

Et "les gens bien" sont forcément d'accord avec vous, à vous entendre. Bien sûr, une de vos stratégies, c'est de faire croire que le projet de loi n'est soutenu que par une minorité. Que par quelques associations LGBT qui ne représenteraient pas les LGBT (sic). Pas par les gens hétéros, blancs, pas par les "normaux".

Vous vous appuyez, pour justifier vos raisonnements, sur la certitude qu'un homme et une femme sont fondamentalement différents l'un de l'autre. Que dans la société tout va bien, qu'en pratique tout le monde s'aime et que les femmes ont les mêmes droits que les hommes. Ou bien, au contraire, vous êtes conscients des inégalités sociales entre hommes et femmes mais vous les soutenez (c'est naturel). Je ne sais pas ce qui est le pire.
Vous voulez que je vous dise ? Je suis lasse de vos conneries. Lâchement, je m'en remets aux gens beaucoup plus informés, expérimentés et compétents que moi sur le sujet pour vous dire que c'est faux. La complémentarité des sexes n'est qu'une fiction destinée à perpétuer les privilèges des hommes sur les femmes, des hétérosexuels sur les homosexuels/bisexuels/transsexuels, et, en fin de compte, opprimer tout le monde.

Mais je sais parfaitement qu'on aura beau vous faire lire les meilleurs articles sur le sujet, vous n'en démordrez pas.
Parce que ça vous arrange. Ça vous arrange que chacun reste à sa place. Ça vous arrange de faire croire à cette idée de nature. Ça vous arrange de croire à la complémentarité des sexes, parce que comme ça vous pouvez dire que vous êtes "pour la différence" alors que vous ne rêvez que d'un monde totalitaire. Ça vous arrange parce que vous avez peur.

Ne me faites pas croire que vous aimeriez que le gouvernement ait d'autres priorités (le chômage, l'éducation, que sais-je encore). Je suppose que vous avez compté parmi les partisans des expressions "assistés" et "cancer de la société" pour désigner les bénéficiaires d'aides sociales, à l'époque de Laurent Wauquiez (présent à la manif). Que vous ne vous êtes pas opposés au fait que des écoles privées catholiques aient distribué des tracts appelant les lycéens à aller cracher avec vous contre les homos.
Vous perpétuez tout un système. Vous refusez tout ce qui est différent. Vous voulez cantonner chaque être humain à un type et un rôle précis. Vous voulez que tout soit pareil pour, surtout, ne pas perdre vos repères — et vos privilèges.
Vous voulez que rien ne change, vous êtes contents de la société telle qu'elle est (quoique, vous la trouvez peut-être un peu trop tolérante à votre goût). Mais qui êtes vous pour, au nom de tous vos préceptes débiles, refuser à des gens le droit de vivre comme ils l'entendent ? Pour déterminer quel amour est sale et quel amour est légitime ?

Aujourd'hui, et depuis janvier, vous avez bien préparé le terrain.
Fachos, vous ne vous sentez plus. C'est super, les premiers vous ont déroulé le tapis rouge et vous n'avez plus qu'à aller casser du pédé sous le nom de « Printemps Français » (la récupération, même la plus odieuse, ça ne vous fait jamais peur.)
Et vous serez soutenus par des gens qui vont dire que ce que vous faites, ce n'est pas homophobe (la violence contre les homos, cette invention du lobby gay), et qui vont aller expliquer aux premiers concernés comment il faut qu'ils prennent vos agressions. Dans les journaux, vos actions sont dites "radicales", alors qu'elles sont purement et simplement des déchainements de haine fasciste. Souvent, on ne met pas de mots sur vos gestes. Pas assez. Pas les bons. De cette façon, vous êtes couverts par les gens qui regardent sans voir, qui écoutent sans entendre, et sans rien dire. Et en plus, vous osez critiquer les homosexuel-les qui ont le malheur d'en avoir ras-le-bol et de ne pas se taire. Vous me faites enrager — mais vous ne mériteriez que le mépris.

Bigots, je suis vraiment navrée (ou pas), mais vous êtes finis. Vous êtes ridicules. Il est temps de le comprendre. Vos idées sont vieilles, dépassées, moisies. Vous êtes de ceux qui s'élèvent contre chaque avancée sociale et chaque progrès de la technique. Si vous étiez nés plus tôt, cela aurait été la pilule, le vaccin, la laïcité, l'abolition de la monarchie, l'apparition de la charrue, peut-être. Vous vous raccrochez aux débris du monde que vous connaissiez et dont un morceau (un infime morceau) est en train de craquer. Vous voulez des sociétés où tout le monde pense pareil et où tout le monde vit pareil, chacun opprimant bien gentiment les autres, mais laissez-moi vous dire que c'est de la pure fiction. Ça ne se réalisera pas. C'est en train de changer. Ça ne peut plus durer. Ceux qui veulent vivre comme ils l'entendent prendront soin d'empêcher la réalisation de vos idéaux morbides.
Cordialement, je vous emmerde.

Quelques liens supplémentaires ; des articles indispensables :
Manifeste des Enfants Pédés (Le Chantier)
"Je vous hais" (James et les Hologrammes)
Au nom de tous les miens  (C'est la Gêne)
Mariage pour tous : les enfants, premières victimes de l'homophobie des débats (Yagg)

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